La stratégie gouvernementale pour la main d’œuvre : Des grosses munitions… et une grande omission

jean boulet à la ccmm

Nous avons eu le plaisir de participer hier un déjeuner-conférence avec le ministre de travail Jean Boulet, qui a détaillé les grands axes de sa stratégie pour faire face à la pénurie de main d’œuvre et répondre aux besoins des entreprises.

Après être allé au-devant des besoins de main-d’œuvre des entreprises, le gouvernement s’adresse directement aux travailleuses et aux travailleurs, leur demandant de s’exprimer pour pouvoir développer leur employabilité, les rapprocher du marché du travail et mieux les accompagner dans leur parcours. Alors que le taux de chômage de 4,9 % est le plus bas jamais enregistré, le ministre a partagé son plan d’action évolutif, dont le premier front consiste à intégrer et à rapprocher du marché du travail les groupes qui y sont sous-représentés, notamment les personnes handicapées, les immigrants, les Autochtones et très particulièrement les travailleurs expérimentés.

Le gouvernement affiche sa détermination à puiser dans toutes les réserves de main d’œuvre disponibles. Des millions sont sur la table. Pour appuyer les petites et moyennes entreprises (PME) dans leurs efforts pour recruter et maintenir en emploi des travailleurs expérimentés, un crédit d’impôt est ainsi offert pour réduire les charges québécoises sur la masse salariale liées aux travailleurs âgés de 60 ans ou plus. De plus, le gouvernement veut soutenir les initiatives de formation visant à améliorer la productivité des entreprises.

Par ailleurs, le ministre enjoint les employeurs à « améliorer diverses conditions pour attirer la main-d’œuvre ou la garder, comme les horaires, les salaires et autres bénéfices et faire preuve de flexibilité ».

Cette dernière piste, tout à fait à la mode, peut nous faire sourciller. Les primes, la machine à espresso, la table de baby-foot ou les horaires flexibles à volonté, c’est bon, mais c’est peut-être passer à côté de l’essentiel : il faut donner du sens au travail ! En d’autres termes, il faut éviter la surenchère de la motivation bonbon, et miser sur la motivation durable. Car la crise de main d’œuvre est doublée d’une crise de l’implication des employés dont le rapport  au travail a beaucoup changé. Cela exige une qualité de management supérieure — c’est peut-être là que les efforts de formation peuvent s’avérer le plus payant.

L’étude que nous avons récemment réalisée en collaboration avec la maison de sondage SOM montre que sur une échelle de 100, le Quotient d’implication organisationnel québécois n’est que de 52. Les organisations québécoises sont loin de tirer le plein potentiel de leurs travailleurs.

L’intelligence d’une entreprise est directement proportionnelle à l’implication de ses employés. C’est ce qui permet, notamment, de trouver des solutions créatives pour mieux organiser le travail.

Faire une meilleure utilisation du potentiel de la main d’œuvre existante est immédiatement rentable — pas de formation, pas de délai, pas de difficultés d’intégration. Inviter l’intelligence au travail, c’est un levier que les entreprises peuvent actionner dès maintenant, sans attendre la providence gouvernementale!

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